Création : 2026 Durée : 1h15 Public : jusqu'à 150 personnes
Dans la nuit est une invitation à faire l’expérience d’un basculement : celui du jour vers la nuit, de l’agitation vers la contemplation, de l’évidence vers la rareté. C’est une ode à la nuit mettant en jeu nos sens, nos perceptions. Cette traversée immobile est accompagnée par la scénographie et une comédienne, et guidée dans un voyage sonore par un musicien dans un espace ouvert sur le ciel. Dans la nuit est un spectacle hybride entre expérience sensible, installation scénographique et performance musicale.
Aujourd’hui, près d’un tiers de l’humanité n’a plus accès à la nuit noire et à la Voie lactée. Les frontières de cette alternance vitale du jour et de la nuit s’effritent. Les lumières s’immiscent dans les interstices obscurs du vivant, dans les espaces du sommeil, du retour sur soi ou abîment le juste rythme de la nature.
Ce qui allait de soi se transforme en bien à protéger. La nuit est menacée par le monde moderne, ses lumières, sa course folle et ses paradoxes. L’obscurité devient un objet politique qui nous invite à réfléchir à la société dans laquelle nous vivons et à celle dans laquelle nous souhaitons vivre. Que se cache-t-il dans la nuit pour qu’on la chasse ?
Genèse du projet
En 2022, nous avons bénéficié du dispositif Hors-Cadre, un financement exceptionnel porté par l’association des Centres Nationaux des Arts de la Rue pour mener un projet de recherche artistique autour de la disparition de la nuit. Nous avons parcouru les paysages dans l’obscurité, rassemblé les imaginaires qu’elle convoque, rencontré celles et ceux qui l’observent, la façonnent, la commercialisent ou la préservent.
Aussi, depuis plusieurs années, notre travail artistique explore cette tension entre fascination et disparition, entre peur du noir et émerveillement, enjeu environnemental et expérience sensible à habiter collectivement ou traverser intimement. Nous continuons d’investir ces questions en portant aujourd’hui la création Dans la nuit, un format qui aborde le ciel comme un paysage à contempler autant qu’il questionne notre rapport sensible à cette fragilité de l’obscurité.
Ces temps d’explorations et de recherches ont bénéficié du soutien de la DRAC PACA, la Région Sud, la Ville de Marseille, accompagnés par LE CITRON JAUNE, CNAREP – Port-Saint-Louis-du-Rhône (13) et SUR LE PONT, CNAREP – La Rochelle (17), Périféeries 2028 candidature à Capitale Européenne de la Culture – Plaine commune, Saint-Denis (93), LIEUX PUBLICS, centre national et pôle européen de création pour l’espace public – Marseille (13), PRONOMADE(S), CNAREP – Encausse-les-Thermes (31), L’ATELIER 231, CNAREP – Sotteville-lès-Rouen (76) et LA TRANSVERSE, lieu de création pour l’espace public – Corbigny (58).
Traversée sensible
Dans un espace dégagé, ouvert sur le ciel, chaque personne est accueillie individuellement. D’un projet à l’autre, nous revenons souvent à ce même geste : inviter chacun·e avant de s’adresser au groupe.
Nous offrons à chacun·e une tisane, une couverture : on choisit de faire entrer dans l’expérience collective des objets réservés à la sphère privée, au soin de soi. Ce glissement invite à transformer l’invitation au public et sa posture : on ne vient pas seulement assister à une performance, on vient s’installer. Pop-corn et chamallows à disposition ne relèvent pas seulement d’une envie d’hospitalité, ils portent d’autres nuits, déjà connues, déjà traversées ailleurs : une veillée, un feu de camp, un cinéma en plein air qui participent à rendre la soirée familière avant même qu’elle ne commence.
La voix d’une comédienne accompagne peu à peu le groupe vers une écoute attentive. On y parle du ciel, de la nuit, de ce qui s’y joue. Quelques repères, quelques informations sont amenées, sans chercher à expliquer mais à ouvrir des pistes de réflexion et à nourrir l’expérience de l’immersion.
Une scénographie au service de l’imaginaire
L’espace de transats, de coussins invite à la détente, à laisser le corps se poser et le regard se perdre. Le public s’installe au milieu d’une forêt d’étoiles piquées au sol : près de deux cents sphères sur de fines tiges sont encore silencieuses dans la lumière du jour. Cette installation reste d’abord muette dans le crépuscule, c’est un paysage en attente. En se retirant, la lumière du jour révèle ce qu’elle masquait : les sphères bleutées s’éveillent, phosphorescentes et à mesure que l’obscurité s’installe, la nuit s’épaissit et le public se retrouve pris entre deux ciels.
Un voyage sonore immersif
Le son ne vient pas illustrer la nuit, il la fait exister dans l’espace. Le musicien Grégory Cosenza joue à vue une création électroacoustique en quadriphonie qui accompagne l’arrivée de la nuit. On y devine des matières captées au fil de ses explorations nocturnes – grains, strates, résonances lointaines, battements sourds – retravaillées et diffusées en temps réel.
Entre ligne harmonique et matière brute se dessine une géographie sonore qui épouse le mouvement de la nuit : le son se déplace dans l’espace, change de densité, de texture, de direction tout autour du public. Cette dramaturgie sonore se construit au rythme de l’obscurité naissante, gagnant en intensité, puis se faisant plus discrète à l’approche de la fin, pour raccompagner en douceur plutôt que de conclure. Rien n’y est imposé ; tout y enveloppe.
La prolongation poétique
Lorsque la proposition touche à sa fin, une voix invite le public à rester encore un peu, à prendre le temps. La soirée se prolonge alors par une lecture poétique du ciel d’été et de quelques constellations, ce qui se voit ou ce qui échappe au regard : un dernier temps partagé pour continuer à regarder et laisser la nuit déployer ce qu’elle a encore à raconter.
La dramaturgie du spectacle suit celle du vivant : c’est le basculement du jour vers la nuit qui en constitue la trame. Nous sommes aujourd’hui largement désynchronisé·es avec ce rythme. Le temps d’une soirée, nous cherchons à accorder poétiquement le rythme intérieur au rythme du paysage. De cet accord naît une forme de dilatation du temps que l’on s’autorise moins. Certaines évidences deviennent rares sans qu’on en prenne tout à fait la mesure.
Notre travail cherche à proposer l’expérience concrète de ce qui est en train de se perdre, tout en offrant une lecture poétique et sensible de l’obscurité.
Équipe
> 3 personnes : Alice Faravel et Marion Bottaro ou Clara Rebeirot — comédienne, coordination et technicienne
Grégory Cosenza — musicien