Création : 2026 Durée : 1 heure
Aujourd’hui, près d’un tiers de l’humanité n’a plus accès à la nuit noire et à la voie lactée.
Les frontières de cette alternance vitale du jour et de la nuit s’effritent. Se divertir, consommer, travailler,
se déplacer à toute heure est à la portée de notre monde occidentalisé. Les lumières s’immiscent dans
les interstices obscurs du vivant, dans les espaces du sommeil, du retour sur soi ou abîment
le juste rythme de la nature.
Que se cache-t-il dans la nuit pour qu’on la chasse ?
Depuis plusieurs années, notre travail artistique explore cette tension entre fascination et
disparition, entre peur du noir et émerveillement, enjeu environnemental et expérience
sensible à habiter collectivement ou traverser intimement.
Dans la nuit est une invitation à faire l’expérience d’un basculement : celui du jour vers la nuit, de
l’agitation vers la contemplation, de l’évidence vers la rareté.
À l’entrée d’un espace dégagé, ouvert sur le ciel, chaque personne est accueillie par un membre
ou deux de l’équipe. On remet à chacun-e un ticket pour la nuit : une petite enveloppe qui renferme
un sachet de tisane à plonger dans l’eau chaude et une question pour accompagner le pas vers
l’installation. On offre un sachet de quelques graines de belle-de-nuit – à ramener chez soi, pour
continuer d’y cultiver l’obscurité. On remet également le Carnet de nuit : une édition illustrée qui
retrace nos explorations nocturnes et donne la parole à celles et ceux qui habitent, étudient le déclin
de l’obscurité ou traversent la nuit. Des pop-corn et des marshmallows sont offerts et des cartes
descriptives des constellations sont à disposition sur la table.
Un espace de transats, de coussins et de plaids invite à la détente, à laisser le corps se poser et
le regard se perdre. On s’installe au milieu d’une forêt d’étoiles piquées au sol : près de deux cents
sphères sur de fines tiges sont encore silencieuses dans la lumière du jour. Quand tout le monde a
trouvé sa place, une personne de La Folie Kilomètre prend la parole pour contextualiser la proposition,
inviter à l’expérience.
Le son démarre.
La lumière décline. Peu à peu, les sphères phosphorescentes bleutées commencent à luire à mesure que
la nuit s’épaissit. Le public se retrouve pris entre deux ciels.
Grégory Cosenza, musicien, joue en direct. Une création électroacoustique en quadriphonie
accompagne l’arrivée de la nuit. On devine des matières captées au fil de ses explorations nocturnes,
traitées et diffusées en temps réel : grains, strates, résonances lointaines, battements sourds. Entre ligne
harmonique et matière brute, il dessine une géographie sonore qui embrasse le mouvement de la
nuit. Le son se déplace dans l’espace, change de densité, de texture, de direction. Une dramaturgie
du son se construit au rythme de l’obscurité naissante, gagnant en intensité à mesure que la nuit
s’installe et accompagnant plus délicatement la fin de la traversée. Le son n’impose rien mais enveloppe.
Quand la proposition touche à sa fin, une personne de l’équipe prend la parole et invite le public à
rester, à prendre le temps. Quelques mots sont dits sur notre recherche, sur la disparition progressive
de l’obscurité, et la préciosité des ciels que la nuit a pu garder.
L’expérience dure une heure. Elle n’est ni frontale ni spectaculaire, elle instaure une hospitalité
nocturne, ouverte et sensible : une occasion d’être ensemble, autant qu’avec soi, de ralentir et de
laisser la nuit reprendre toute sa place.